Des campagnes de suivi à grande échelle par ADN environnemental menées dans les rivières françaises ont révélé la présence d’Unio carneus, une moule d’eau douce endémique du bassin balkanique du Drin et menacée dans son aire de répartition native.
En France, sa distribution recoupe largement celle du gardon albanais introduit Pachychilon pictum, ce qui suggère une introduction via des larves parasites, bien que des détections au-delà de l’aire connue de ce poisson indiquent l’existence possible d’hôtes alternatifs et une adaptation locale.
La population française présente une faible diversité génétique et semble actuellement faiblement invasive, illustrant à la fois la puissance de l’ADNe pour détecter des introductions passées inaperçues et le paradoxe de conservation posé par des espèces menacées dans leur région d’origine mais potentiellement invasives ailleurs.
Pourquoi est-ce important ?
Les standards de SPYGEN sont conçus non seulement pour détecter ce qui est déjà visible, mais aussi pour révéler ce qui reste écologiquement invisible : espèces rares, introductions silencieuses et signaux faibles situés en dessous du seuil de détection des méthodes conventionnelles. Cela permet d’observer aujourd’hui ce que d’autres approches ne mettront en évidence que dans 10 ans, lorsqu’il sera peut-être déjà trop tard.
Concernant Unio carneus, un suivi continu est nécessaire afin d’évaluer si l’espèce va s’étendre, se maintenir localement ou, au contraire, décliner à terme.
Les écosystèmes d’eau douce sont soumis à de fortes pressions anthropiques, et les moules d’eau douce (Unionida) figurent parmi les groupes taxonomiques les plus menacés au monde. En Europe, la situation est particulièrement critique : les 25 espèces d’Unionida décrites sont toutes classées comme menacées ou quasi menacées, principalement en raison de la mauvaise gestion des cours d’eau, du changement climatique et de l’introduction d’espèces exotiques.
Les résultats ont été publiés et sont accessibles ici.
Localisation : canal du Midi, Couze, Laâ, Charente, Aixette, Glanet et rivière de la Rémarde (France).
Méthode d’échantillonnage ADNe : 2 réplicas de 30 litres chacun ont été filtrés par site à l’aide d’une capsule de filtration à flux tangentiel de 45 µm.
Groupe Taxonomique : mollusques bivalves (moules d’eau douce), analysés à l’aide d’amorces spécifiques aux moules d’eau douce (Unionoida et Venerida).