La biodiversité tropicale est la plus riche de la planète, mais aussi l’une des moins bien documentées. Dans un contexte d’accélération de la disparition des habitats, de nombreuses espèces échappent encore totalement aux inventaires traditionnels, n’étant connues qu’à travers quelques spécimens de musée, des captures accidentelles ou de très rares observations espacées de plusieurs décennies. Là où des mois de prospections de terrain échouaient à révéler une espèce, quelques litres d’eau filtrée suffisent aujourd’hui à confirmer sa présence.

En milieu aquatique, l’ADNe permet de détecter non seulement les espèces aquatiques, mais également les espèces semi-aquatiques, terrestres et aériennes qui interagissent avec le réseau hydrographique. Appliquée aux rivières gabonaises, cette approche a conduit à une découverte exceptionnelle : la redécouverte de Zenkerella insignis, l’un des mammifères les plus énigmatiques au monde. Jamais observée vivante par les scientifiques et séquencée pour la première fois seulement en 2016 à partir d’un spécimen mort, cette espèce a été détectée pour la première fois grâce à l’ADNe, et en dehors de son aire de répartition jusqu’alors connue.

Pourquoi est-ce important ?

Les vertébrés regroupent les poissons, amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères. Parmi les principaux résultats de cette campagne d’ADNe réalisée dans les rivières du Gabon :

  • Anomalure du Cameroun Zenkerella insignis : l’un des mammifères les moins connus au monde, uniquement documenté à partir d’une douzaine de spécimens morts conservés dans des collections muséales. Détecté pour la première fois grâce à l’ADNe, et en dehors de son aire de répartition jusqu’alors connue.
  • Potamogale Potamogale velox  : mammifère particulièrement discret, connu au Gabon par une seule observation au cours des quarante dernières années.
  • Crocodile nain d’Afrique Osteolaemus tetraspis  : crocodilien forestier cryptique, classé Vulnérable (UICN). Très rarement inventorié en raison de ses mœurs nocturnes et de son habitat dense ; l’ADNe a confirmé sa présence sur plusieurs sites d’échantillonnage.
  • Éléphant de forêt d’Afrique Loxodonta cyclotis : espèce classée En danger critique d’extinction. Détectée au niveau de sites de traversée de cours d’eau, illustrant la capacité de l’ADNe à suivre la mégafaune terrestre à partir d’échantillons d’eau.

Échantillonnage de terrain et analyses d’ADNe réalisés par SPYGEN. Étude conduite en partenariat avec des concessions forestières certifiées FSC au Gabon.

Pour en savoir plus, cliquez ici. Référence : Prié, V., A. Valentini, F. Trolliet, F. Priser, S. Toint, A. B. Obame, P. N. Oyan & L. White submitted.- A pilot study using environmental DNA in Gabon to evaluate the impact of forest management on biodiversity. Global Ecology and Conservation.

Méthode d’échantillonnage

Localisation : Rivières d’eau douce situées au sein de concessions forestières certifiées FSC, en République du Gabon (Afrique centrale).

Écosystème : Rivière.

Profondeur : Échantillonnage en surface.

Méthode d’échantillonnage ADNe : Plusieurs sites d’échantillonnage ont été répartis le long du réseau hydrographique. Sur chaque site, deux réplicats de 30 litres ont été filtrés à l’aide d’une capsule de filtration de 0,45 µm et d’une pompe péristaltique. L’échantillonnage a été réalisé face au courant, juste sous la surface de l’eau, afin de limiter les risques de contamination.

Groupe taxonomique : Vertébrés, analysés par l’amorce V05 de SPYGEN (métabarcoding multi-taxons des vertébrés).

Légende de la carte : En orange, l’aire de répartition connue de Zenkerella insignis selon la Liste rouge de l’UICN. La croix indique notre site d’échantillonnage au Gabon.